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08/03/2018

LIFESTYLE | I DID NOT SHAVE FOR 6 MONTHS

Je ne me suis pas épilée les aisselles depuis six mois. Certains penseront que c’est pour devenir cette féministe absolue, celle qui ne s’épile pas et qui brandit haut des pancartes dans les manifestations. Eh bien pas du tout.
Après la course Nike Paris Centre mi-octobre, je ne me suis plus épilée. Ca s’est fait très naturellement. Je déménageais à Londres, je commençais un nouveau travail qui m’angoissait terriblement; c’était bien le dernier de mes soucis que de m’épiler les aisselles. Et pourtant, ce n’est pas quelque chose de très chronophage. Je fais partie de celles qui passent un coup de rasoir sur les aisselles sous la douche toutes les 48h et on n’en parle plus. Seulement là, dans ma tête je me suis dit « on s’en fout ». Le mécanisme mental qui s’est fait c’est « je ne connais personne ici, je ne prévois pas spécialement de sortir faire la fête, il caille, je suis toujours en manches longues donc nique ».
J’ai tout d’abord remarqué que depuis quelques mois, la repousse de mes poils était de plus en plus lente et moins dense. Je me suis dit que ne pas me raser permettrait à mon corps de se rétablir, surtout quand on sait que le rasage est très agressif et traumatisant pour l’épiderme.
Et puis les occasions de sortir se sont présentées, j’ai été tentée de m’épiler mais en fait je me suis amusée à trouver des idées de tenues certes un peu plus pudiques, plus couvrantes (ouh la nonne) mais toujours aussi funs donc je ne me suis pas épilées, et nous voilà six mois plus tard, au poil.

Pourquoi je décide de sortir du placard le jour de la Journée Internationale de la Lutte pour les Droits des Femmes ? Est-ce que cette démarche qui était personnelle au début est devenue une revendication féministe ? Un peu oui. J’ai dégagé trois grands axes de réflexion (on se croirait en DST au lycée) à partir d’un moment de vie banal. Je ne compte plus le genre de discussions entre filles que j’ai eu, en toute détente à parler de nos vies, de nos règles, de nos poils… Et toujours ces mêmes rengaines « ouais mais tu t’en fous de pas t’épiler t’as pas d’mec », « faut que je m’épile j’ai un rencard », « tu t’épiles plus et il te dit rien ? Ca le dérange pas ? T’as pas peur qu’il te quitte ? », « ah mais c’est dégueu», « tu te laisses aller»…

I did not shave my armpits for six months. Some may think it’s because I want to become the ultimate feminist, the one who does not shave and holds signs up in demonstrations. Well, not at all.
Ever since the Nike Paris Centre race mid-October, I did not shave. It all went super naturally. I was moving to London, starting a new job which got me pretty anxious, I could not care less about shaving my armpits. Even though for me it was not something super time consuming: I am one of these girls who just quickly shave their armpits every 48 hours under the shower. But this time, I was just like « who cares ? ». My way of thinking was « I do not know anyone here, I don’t particularly plan on going out, it is freezing, I am always wearing long sleeves so fuck it ».
Especially since I noticed that it took my hair more time to grow back and it was less dense. So I thought not shaving will give my body time to heal - we all know that shaving is pretty agressive and traumatizing for the skin.
Then opportunities to go out came up, it was really tempting to shave but I found it funny to figure out outfit ideas, a little bit more « modest », less revealing (yeah, I’m a nun now) but still cool so I did not shave and here we are six months later.

Then why did I decide to « come out » on International Woman’s Day ? Did what was my personal decision at first turn into a feminist revendication ? A little bit, yes. I figured three main lines of thinking out of everyday life moments. I can’t count how many times we’re having girl talk you know, boys, periods, body hair and the same old song comes on: « but you don’t have to care about shaving, you don’t have a boyfriend », « I need to wax I have a date », « you don’t shave anymore and he does not say anything ? He’s not bothered ? Are you not scared he might leave you? », « ugh it’s gross », « you’re letting yourself go »…


Les poils et les standards de beauté

«ah mais c’est dégeu », « tu te laisses aller ». Combien de fois a t-on lié le fait de s’épiler, donc joyeusement arracher ses poils dans une douleur extrême ou encore raser en agressant sa peau et au risque de se couper salement et pisser le sang pendant des heures, au fait de prendre soin de soi ? Moi la première, à chaque fois que je prends le temps de m’épiler c’est toujours dans le cadre d’une journée détente masque du visage - soin pour les cheveux - épilateur électrique.
Regardez les pubs, que des nanas en mode « cocooning trop de love je prends soin de moi dans ma salle de bain rose et blanche ou au bord d’une piscine en vacances ». Bon alors, ça, non, plus jamais, la barbe (t’as kiffé mon jeu de mot?) de ces pubs. C’est comme les pubs pour les protections périodiques (autre sujet pour un autre post…). 
On nous vend un standard de beauté en nous faisant croire que c’est pour notre bien. Alors qu’en fait pas du tout hein, les poils sont souvent là pour protéger des endroits sensibles (les sourcils et les cils protègent les yeux, les poils de nez protègent nos muqueuses, nos poils pubiens protègent le berceau de l’humanité (je voudrais bien dire vagin mais certain-e-s risquent de tourner de l’oeil)). Ce sont par ailleurs des standards de beauté complètement fucked up qui en disent long sur une société limite pédophile hein puisqu’on dit à la femme qu’elle n’est belle si et seulement si elle a le corps aussi lisse que celui d’un bébé. Ah c’est beau de protester contre la sexualisation des enfants dans les médias (coucou les Stranger Kids) ! 
Enfin, qu’est-ce qu’on se marre devant l’hypocrisie de ces standards quand soudain pour les hommes, il n’y a aucun problème, gardez vos poils, c’est viril, c’est sexy. L’hygiène? La beauté? Non voyons, il n’y a que chez les femmes que c’est répugnant d’être poilu. Simple exemple: mon schéma de réflexion quand j’ai pris la décision de ne plus m’épiler: « je ne connais personne ici, je ne prévois pas spécialement de sortir faire la fête », on est carrément dans « cachez-moi ce poil que je ne saurais voir ». Vu que j’étais consciente que j’allais me terrer chez moi et qu’il n’y avait que très peu de chances que j’expose au reste du monde mes poils répugnants, la décision a été facilitée. Vous auriez vu la tête de ma mère quand je lui ai montré mes aisselles y a deux semaines c’était quelque chose ! Je fais la grimace aussi souvent quand je vois des femmes velues - parce que j’ai moi aussi intégré le fait que poil sur une femme = dégueulasse. J’étais super angoissée quand je suis allée chez le masseur tous poils dehors il y a deux semaines, encore plus quand j’ai découvert que mon masseur était un homme. Je ne suis pas une exception à la règle.
Pensée particulière à la femme noire et à la femme asiatique qui se font assaillir de toute part par des critères de beauté euro-centrés qui peuvent déjà les mettre en danger (défrisage, décoloration de la peau, chirurgie esthétique) et qui de surcroit subissent les injonctions sur leurs corps de femmes. Vos standards de beauté, vous savez où vous pouvez vous les carer.

Bodyhair and beauty standards

« ugh it’s gross », « you’re letting yourself go ».
How many times did we link taking our hair off, which means happily ripping our hair in excruciating pain our shaving and hurting our skin at the risk of accidentally cutting ourselves and bleed for hours, to taking care of ourselves ? I do myself, every time I take the time to remove my hair it is always part of a « me-day » you know, face mask, hair mask, epilator.
Analyze commercials, it is all about women in a « cocooning-look-at-me-taking-care-of-myself-in-a-pink-and-white-bathroom-or-by-a-pool-on-holidays » mode. I’m so fed up with these ads ! It’s like ads for feminine hygiene products (but that’s another topic for a different blogpost).
We are being sold beauty products by being advertised that this is for our own good. But it is actually not, body hair are there to protect sensitive areas of our bodies (eyebrows and eyelashes are here to protect - guess - our eyes, nose hair are here to protect our nasal mucosa, pubic hair are here to protect our vaginas (there, I said the V word)).
These beauty standards are moreover so fucked up and revealing about ouf messed up borderline pedophile society because hey they are basically saying women are only beautiful when they look like hairless babies. So much for protesting against the sexualisation of children (hi there Stranger Kids !).
Finally, ô the double standards ! Men, keep your body hair, it is manly, it is sexy, no problem ! Hygiene? Beauty ? Who cares, body hair is only filthy and disgusting on women. Here’s my example: my way of thinking when I decided not to shave anymore was « I do not know anyone here, I don’t particularly plan on going out ». I was very conscious that I was about to hide in my bedroom and there were little chances of me exposing to the rest of the world my disgusting body hair, the decision was easy to make. You should have seen the look on my mom’s face when I showed her my armpit hair two weeks ago ! I make a face as well when I see hairy women - because I also assimilated the fact that hair on women = disgusting. I was super anxious when I went to a massage appointment with my fully grown hair two weeks ago, even more when I found out the masseuse was a man. I am no exception to the rule.
I just want to mention Black and Asian women who have to deal with euro-centric beauty standards that put them sometimes in dangerous positions (hair straightening, skin bleaching, cosmetic surgery) but also have to deal with injunctions on their female bodies.
You know where you can put your beauty standards.

Les poils et le rapport aux hommes

Le moment venu est de cracher un peu plus sur la société hein, surtout la société patriarcale (j’en vois dans le fond qui roulent déjà des yeux). Les hommes ont le pouvoir sur les femmes, les femmes sont en position d’infériorité - de soumission - et inconsciemment se jugent, se jaugent à travers le regard des hommes. Joie.
Inconsciemment, on est quasiment en permanence en train de se plier à ce que les hommes attendent de nous. Il faut que nous soyons belles et sexy, et toujours prêtes à les satisfaire sexuellement. Et par prêtes j’entends parmi de nombreuses choses: épilées. « faut que je m’épile j’ai un rencard », « tu t’épiles plus et il te dit rien ? Ca le dérange pas ? T’as pas peur qu’il te quitte ? ». CQFD.
J’ai un souvenir très fort de ce moment, je peux quasiment entendre la voix de la personne qui a prononcé ces mots, j’avais roulé les yeux si fort, j’ai vu l’arrière de mon crâne. « IL ne te dit rien, ça ne LE dérange pas ». On parle des poils d’une femme là, de son corps, de sa décision personnelle. Comment - surtout dans une situation où ce sont deux amies très proches qui se parlent - peut-on mettre dans l’embarras, reprocher à une femme de ne pas faire quelque chose à SON corps parce que cela peut ne pas satisfaire un homme ? Vous vous rendez compte où il n’y a que moi que ça horripile ?

Body hair and the relationship with men

The time has come to trash talk a little bit more on our society, and the patriarchy (I can see you rolling your eyes). Men have power over women, women are in position of inferiority - in submission - and unconsciously judge themselves, measure themselves through the eyes of men. Ô happy life.
Unconsciously, we are always bending to what men expect from us. We have to be good looking and sexy, always ready to sexually satisfy them. And by ready, I mean among other things: be hairless. « I need to wax I have a date », « you don’t shave anymore and he does not say anything ? He’s not bothered ? Are you not scared he might leave you? ». There you have it.
I have a vivid memory of having this conversation, I can literally hear the voice of the one who said these words. My eyes rolled so hard I saw the back of my skull. « HE does not say anything, HE is not bothered ». We are talking about a woman’s hair here, her own body, her personal decision. How on Earth - especially as these two ladies are close friends - can one shame another woman for not doing something to HER body just because it might upset a man ? Am I the only one pissed off here ?

Les poils et la notion de célibat

On évolue dans une société hyper-sexualisée, où le sexe vend, le sexe se consomme à la chaîne et « t’es pas bonne si tu fais pas du sexe, t’as walou ». Du coup, il faut entretenir ce culte du sexe, du « moi sexuel ». Du coup, il faut s’épiler. Car si on a un poil qui dépasse, tout le monde traduit par « célibataire ». « ouais mais tu t’en fous de pas t’épiler t’as pas d’mec ». CQFD. 
Remettez les pièces du puzzle dans l’ordre: l’homme veut une femme épilée, principalement parce que c’est « beau » et ça l’excite sexuellement. La femme qui ne se plie pas à ça est de facto célibataire - ou lesbienne parce que ces critères de beauté son pensés par et POUR les hommes. Être célibataire et surtout ne pas être sexuellement actif n’est pas très séduisant dans notre culture du paraître sur les réseaux sociaux/Instagram, dans notre société hyper sexualisée.

Body hair and the single status

We live in a sexually charged society, sex sells, sex is being consumed at high speed rate, we are being judged by how sexy we are and how much sex we get. We are being taught to maintain this sex status, this sexual persona. So we have to remove our hair. Because if we keep our hair, it means that we are not having sex so we are single. « but you don’t have to care about shaving, you don’t have a boyfriend ». There you have it.
Put the puzzle pieces back together: men want hairless women, mainly because it is « good looking » and it arouses him. If women do not bend to this then they are de facto single. Being single - or gay because these beauty standards were created by men FOR men. Being single and moreover not being sexually active is not really interesting in our society of appearances, social media, Instagram, in our hyper-sexualized culture.



Je sais que parler poil autour de soi, parfois ça peut être gênant. Syana en a tellement marre de moi et des mes histoires de poils quand il faut aller shooter et que je ne me suis pas épilée les jambes. Anoushka appelle ça la Chewbakance et ça dédramatise les choses. Je pense qu’avant de révolutionner le monde, il faut surtout dédramatiser les choses. Ce ne sont que des poils. Je me balade jambes poilues chez moi devant ma famille y compris mon père et mon frère, ça ne choque personne. J’ai vu des photos de ma mère dans les années 80/90 à la plage avec ses poils et elle est tellement jolie. J’ai vu les femmes à barbe avec Rihanna ou dans The Greatest Showman et ça m’a parlé moi qui passe mon temps à décolorer mon duvet, j’ai vu une fille à la manifestation Reclaim Our Night à Londres qui marchaient avec les jambes recouvertes de longs poils blonds, elle était superbe. Je ne suis clairement pas encore arrivée à ce stade là, à faire un doigt d’honneur à mes complexes créés de toute part par cette société. Vous pouvez me traiter d’hypocrite, je m’apprête à m’épiler incessamment sous peu pour aller en Floride. Ca me brise le coeur de devoir raser mes poils que j’ai appris à aimer et que j’ai regardé grandir (mes bébés !). Mais c’est une expérience que j’ai appréciée et que je renouvellerais très certainement. J’espère que mes mots encore une fois un peu bancals et mal organisés feront pousser des idées dans vos têtes. Ca peut paraître comme un non sujet, un mauvais combat (je lis tellement les arguments des fachos quand on parle de racisme, cheveux, blackface etc que j'applique déjà leur rhétorique ici) mais comme pour pour la lutte contre le racisme, libérer ses cheveux peut être le point d'entrée à un combat sur d'autres sujets moins "légers", libérer ses poils peut faire de même.

I know that talking about body hair to people is a little bit embarrassing. Syana is done with my hair issues when we have to shoot and I didn’t remove the hair on my legs. Anoushka calls it « the Chewbakance » and it tones everything down. It is just hair. I walk around in my house with my hairy legs and my brother or my father can not care less. I saw bearded women in Rihanna videos or in The Greatest Showman and I was moved because I spend so much time bleaching my upper lip hair. I saw a lady at the Reclaim Our Night protest in London walking around with magnificent long blond hair on her legs, she was gorgeous. I am clearly not there yet, you know, showing the middle finger to my body insecurities that were created by society. Call me a hypocrite because I am about to shave my beloved armpit hair to go to Florida in a couple of days. It breaks my heart to remove them because I learnt to love them and watched them grow like my own little babies. But this is an experience I am glad I made and that I will surely renew. I hope my broken English and unorganized thoughts will be fruitful in your heads. I know it might seem like it is not topical, not the right battle to fight at the moment (I read so many comments from dumb people online when racism, afro hair or blackface is being discussed that I know the rhetoric now) but like the fight against racism, freeing our hair might be the first step leading to "more serious" fights, freeing our body hair might be too.

Armelle De Oliveira

25/12/2016

LIFESTYLE | 3 FILMS ABOUT BADASS WOMEN

Into The Forest


J'avais un prof de géopolitique en école de journalisme qui nous avait expliqué qu'en cas de panne mondiale d'électricité, l'humanité sombrerait dans le chaos en plus ou moins 48h. Je ne sais pas ce que je ferais dans une telle situation mais une chose est sûre, je ne serais pas aussi forte que les personnages qu'interprètent Evan Rachel Wood et Ellen Page dans "Into The Forest". Pendant un peu moins de deux heures, l'action se centralise autour de deux jeunes femmes qui doivent se débrouiller et se soutiennent après que l'humanité s'écroule à leur côté. Ce huis-clos et tout autant saisissant qu'encourageant. Un bel exemple de solidarité féminine.
I had a geopolitics teacher in journalism school who explained us that if there was a worldwide power outage, humanity would sink into chaos within 48 hours. Scary. I do not know what I would do in such situation but one thing is sure, I would not be as strong as the characters Evan Rachel Wood and Ellen Page portray in the film "Into The Forest". During two hours, more or less, the action revolves around two young women who have to manage this situation and support each other while humanity is falling appart. This film and its claustrophobic atmosphere is striking and empowering. It is a good example of sisterhood.

The Keeping Room


Qui aurait cru qu'il était possible de faire des westerns dont les personnages principaux seraient féminins ? Qui aurait cru qu'il était possible de faire des westerns féministes ? Parce qu'au delà d'avoir 3 femmes fortes qui mènent l'action, "The Keeping Room" est avant tout un film féministe. Et c'est subtil, ça prend en tripes, ça fait réfléchir, ça fait pleurer, ça fait rire aussi parfois... C'est un beau film, touchant, qui aborde délicatement l'esclavage et la ségrégation aux Etats-Unis, en nous rappelant qu'avant d'être de couleurs différentes, ce sont des femmes avant tout. Un film parfait en soit qui plaira autant aux hommes qu'aux femmes.
Who would've thought it could be possible to do westerns with female leads? Who would've thought it could be possible to do feminist westerns ? Beyond having 3 strong women leading the action, "The Keeping Room" is a feminist film. It is subtil, it is gut-wrenching, it gives reflection material, it makes you cry, it makes you laugh sometimes... It is a beautiful film, touching, discusses slavery and segregation on the surface, reminding all of us that even though we have different skin colors, we are women. It is a perfect film that men will enjoy as much as women.

Room


Quel film ! Je l'ai regardé un lendemain de soirée, quand on a encore le cerveau dans le brouillard, et j'étais dedans de A à Z. On se demande en permanence ce que le film essaie de nous dire. Mais le message que je retiens c'est que cette mère malgré elle a trouvé en elle la force de s'en sortir, que son amour pour son gamin l'a sauvé, qu'elle ne pouvait compter que sur elle et son petit bout de chou. Les performances de Brie Larson et du petit Jacob Tremblay sont à couper le souffle. Un très beau film qui fait beaucoup réfléchir des jours et des semaines après l'avoir visionné.
What a film ! I watched it the day after partying, when your brain is still a bit foggy but I was in deep from A to Z. Always wondering what the film is trying to deliver as a message. But the one I remember is the one about an unwilling mother who finds the strength in herself to save herself, whose love for her kid literally rescued her at a time she could only rely on herself and on him. Brie Larson and Jacob Tremblay performances are breathtaking. It is a beautiful film which provides again thinking material for weeks after the first viewing.

Armelle De Oliveira

19/12/2016

2016 FAVOURITE BLOGGERS

LEANNE WOODFULL - THUNDER & THREADS


Besides being in love with her style, Leanne Woodfull won my heart at being a mindful blogger. I noticed how last year, during the Paris attacks, she just stopped posting "blogger stuff" on Instagram and said she won't because she's mourning and supporting French people. And she does it all the time. She's not just about blogging, clothes and make-up. She tweets about Aleppo, Trump, feminism, geopolitics, racism, mental health... She's been bullied online for being vocal about rape culture and mental illness, and I will always stand by her side. She cares about real stuff. I like that she's connected to the real world. That makes a huge difference for me.
En plus d'avoir un style génial, Leanne Woodful fait partie de ses blogueurs qui ont une conscience. J'ai remarqué par exemple l'année dernière qu'elle avait arrêté de poster des trucs de blogueurs sur Instagram pendant les attentats de Paris. Un choix qu'elle a justifié en expliquant qu'elle était en deuil et soutenait la nation française. Et ça, elle le fait tout le temps. Elle ne parle pas uniquement que de son blog, de fringues ou de maquillage. Elle tweete à propos d'Alep, de Trump, de féminisme, de géopolitique, de maladies mentales.... Elle s'est faite harceler en ligne pour ses prises de positions sur des sujets comme la culture du viol ou la santé mentale, et je l'ai toujours soutenue. Elle s'intéresse à des vraies sujets. J'aime le fait qu'elle soit connectée à la réalité. Ca fait une grande différence à mes yeux.


AIMEE SONG - SONG OF STYLE


Following Aimee Song on Snapchat/Instastory was game-changer. I discovered that not only Aimee was an avocado addict and a food lover like me as well as a Kendrick Lamar fan, she is open-handed as well. She gathered personal hygiene products for the homeless on Thanksgiving and handed them out herself, she was vocal about Trump, racism and the Standing Rock protest (retweeting many times Bernie Sanders), she raised money to provide 1,000 people with clean water in India, she is packing warm clothes to hand out to the homeless for Christmas... I love how she lives life to the fullest, she's funny and passes on happiness through her smile, laugh, friends and family we get to see on social media. Keep doing that Aimee, we need it.
Suivre Aimee Song sur Snapchat/InstaStory a clairement changé la donne. J'ai découvert non seulement qu'Aimee était accro aux avocats et adorait la bouffe comme moi mais aussi que c'était une fan de Kendrick Lamar et qu'elle avait le coeur sur la main. Elle a collecté des produits d'hygiène personnelle pour les sans abris pour Thanksgiving qu'elle a ensuite distribué elle-même. Elle a pris la parole contre Trump, le racisme et a pris part au manifestations de soutien à Standing Rock (en retweetant à plusieurs reprises Bernie Sanders). Elle a levé des fonds pour approvisionner en eau 1000 personnes en Inde. Elle s'apprête à distribuer des vêtements chauds aux SDF à Noël... J'aime qu'elle vive sa vie à fond , qu'elle soit drôle et propage son bonheur à travers son sourire, son rire, sa famille et ses amis qu'elle nous montre sur les réseaux sociaux. Continue Aimee, on en a besoin !

SHENAE GRIMES BEECH - LOST IN LA LA

Une photo publiée par Shenae Grimes-Beech (@shenaegrimesbeech) le

It was kind of obvious that at some point Shenae Grimes Beech - whom I already confessed my styling-crush on - would turn to blogging. And she finally did it this year ! I like how her blog is part fashion, part DIY posts, part food and last but not least part "domestic bliss" as she calls it. It makes me wish I was in a long term relationship doing all these stuff to spice up my love life/domestic life ! You sure want to check out her blog !
C'était prévisible qu'à un moment ou à un autre, Shenae Grimes Beech - dont j'ai déjà détaillé le style ici - se convertisse en blogueuse. Et elle a finalement franchit le cap cette année ! J'aime comment son blog est moitié mode, moitié DIY, moitié bouffe et enfin moitié "bonheur domestique" comme elle l'appelle. Ca me donne envie d'être dans une relation à long terme et de faire tous ces trucs pour épicer le quotidien ! Vous devriez vraiment jeter un coup d'oeil à son blog !

Who were your favourite bloggers this year ?
Qui étaient vos blogueurs préférés cette année?

Armelle De Oliveira

08/12/2016

LIFESTYLE | 2016 IN SOCIAL ISSUES

On sera tous d'accord pour dire que 2016 a été une année très mouvementée. Elle a été pourrie. Presqu'autant que 2015 et c'était déjà difficile à battre. Beaucoup de choses se sont passées en 2016, il y a eu beaucoup de prises de conscience. Je partage avec vous chronologiquement les moments qui m'ont le plus marqué cette année.

Kendrick Lamar - Performance aux Grammy Awards 2016


Certains ont dû se sentir terriblement mal dans la salle... Il se passe tellement de choses dans cette prestation de Kendrick Lamar qui apparaît enchaîné, prisonnier, le visage tuméfié. Comme pour dénoncer les violences policières ou l'incarcération massive des Afro-américains. Puis il continue et nous emmène en Afrique. Comme pour rappeler aux Afro-Américains d'où ils viennent, comme pour rappeler à tout le monde d'où on les a enlever. Et il finit en beauté avec le continent et Compton écrit dessus. Comme pour rappeler la ghettoïsation des afros-descendants. Magistral.

VV Brown 



VV Brown cette année a été de prise de position politique en prise de position politique. D'abord, elle a commencé par cette annonce: plus de tissage, elle assume ses cheveux et envoie valdinguer l'industrie qui lui dit d'avoir des cheveux Européens. Ensuite, elle remet en place les supporters du mouvement #AllLivesMatter. Et enfin, elle s'affiche, après la naissance de sa fille, en train d'allaiter sein nu sur Facebook. Prend ça Zuckerberg !

Alicia Keys


Quand Alicia Keys a publié cet essai sur le site de Lena Dunham, j'ai été frappé par la ressemblance de son expérience avec la mienne, et celles de beaucoup d'autres femmes. Je ne compte plus les fois où, surtout à l'école, on m'a appelé "jet touffe", "touffe-touffe", "Jackson 5" et bien d'autres parce que mes cheveux étaient différents. Je me souviens tout faire pour ne pas être victime de railleries. J'ai tiré mes cheveux en arrière pendant des années - ça rendait folle ma mère qui me disait que je ressemblais à une grand mère avec mon chignon plaqué - à tel point qu'aujourd'hui je déteste me voir avec un chignon. J'ai lissé mes cheveux pendant des années. Je me souviens que ma prof d'histoire au collège m'avait conseillé de rattacher mes cheveux un jour où je m'étais sentie assez courageuse pour aller en classe les cheveux libre parce que "les élèves derrière ne voient pas". Je me souviens que des camarades s'amusaient à jeter des choses dans mes cheveux ou à cacher des choses dedans et attendaient dans l'hilarité que je m'en rende compte. Je me souviens que j'en pleurais, j'en faisais des vraies crises. "Pourquoi je n'ai pas les cheveux lisses?", "Pourquoi je ne suis pas belle?". Ca rendait malade mon père qui m'a répété toute mon enfance que j'avais des cheveux magnifiques, que les autres en étaient jaloux (j'en ai les larmes aux yeux d'écrire ça). Voilà à quel point les critères de beauté euro-centrés nous rendent malades. Voilà pourquoi ce qu'à fait Alicia Keys est important. Ca demande beaucoup de courage pour nous et pour elle de nous affranchir de tout ça et d'être fier de nous. Et elle a poussé encore plus loin en se libérant de l'emprise du maquillage. Il y a eu un temps où il m'était impossible de sortir sans mon combo eyeliner + mascara. Ce n'est que quand j'ai commencé à travailler à Hollister, où le maquillage tel que je le connaissais, était interdit que j'ai commencé à apprécier mon visage sans une once de maquillage. Ca m'a rendu plus forte - surtout dans une boîte où paradoxalement on recrute un peu sur le physique - de me dire qu'on me trouvait jolie sans maquillage. Aujourd'hui j'assume totalement sortir sans maquillage. Et quand Alicia Keys le fait, grâce à son statut, elle touche énormément de personnes qui seront amenées peut-être à s'accepter et à en faire autant.

Brock Turner - Le violeur de Stanford


Si vous étiez dans une grotte en juin dernier, voici un rappel des faits. Brock Turner, champion de natation de l'université de Stanford aux Etats-Unis, a fait trois mois de prison. Trois mois de prison pour avoir violé une jeune femme inconsciente derrière une poubelle sur le campus de la prestigieuse université. Si la sentence paraît dérisoire, regardez bien la photo et souvenez-vous que Brock Turner est un jeune homme blanc champion de natation. Ce cas du violeur de Stanford m'a littéralement rendu malade. J'avais le ventre sans dessus dessous en lisant la lettre que la victime a dû lire au procès. J'ai failli vomir en lisant celle du père de Brock Turner dédouanant son fils, expliquant que cette "erreur" de quelques minutes allait anéantir la vie entière de son brillant garçon, résumant en quelques mots la culture du viol. J'avais les larmes aux yeux quand j'ai lu que Brock Turner avait été condamné à 6 mois de prison, parce que c'est un athlète plein d'avenir, et qu'il n'en a fait que 3, pour "bonne conduite". Ce cas illustre tellement le climat dans lesquels les femmes évoluent aujourd'hui. Réduire les viols et les agressions sexuelles à des minutes d'égarement, ne pas considérer les violeurs comme des criminels, les considérer comme des hommes décents qui se sont laisser aller, ça laisse quelle fenêtre de construction ça aux femmes ? Non, ce n'est pas aux femmes de surveiller leur consommation d'alcool ou leur tenue vestimentaire. Il est grand temps d'éduquer les hommes, leur apprendre à respecter les femmes. Il est grand temps que notre société patriarcale et archaïque comprenne ça.

Jesse Williams - Discours aux BET Awards



En cinq minutes, montre en main, Jesse Williams a tout dit. Tout. Il n'y a rien à ajouter. Je suis Jesse Williams sur Twitter depuis quasiment mon inscription. J'ai remarqué son activisme politique lors de la campagne pour le deuxième mandat de Barack Obama. Gardez votre mauvaise foi pour vous.

Greenpeace

Au Rainforest Festival à Fontainebleau, j'ai adhéré à Greenpeace. Je pense bientôt donner aussi à Sea Shepherd. Vous connaissez mes prises de position au nom de l'écologie - je ne suis pas végétarienne pour rien, je ne passe pas des heures à lire la composition des aliments et des cosmétiques pour rien - il était donc normal qu'à un moment ou un autre je rejoigne ce type d'association. Je reçois régulièrement leur gazette qui détaille leurs missions en cours et les projets à venir, ainsi que les victoires et les échecs. Je me suis renseignée pour savoir s'il y avait une cellule près de chez moi, pour, pourquoi pas, aller filer un coup de main si possible. Je ne leur donne pas des millions, je suis déjà assez fauchée. Je leur donne ce que je peux, vous pouvez aussi leur donner ce que vous pouvez. Ou donner à une autre asso, celle qui vous correspond. J'ai longtemps cru que même donner la somme la plus ridicule allait m'handicaper, mais en fait pas du tout. Il faut juste franchir le pas, donner de l'argent pour quelque chose qui dépasse notre petite personne et qui nous reviens pas instantanément.

Attentat de Nice

Une photo publiée par Armelle De Oliveira (@caeteramoda) le


L'année avait déjà été si éprouvante, des attentats qui secouaient le monde de part et d'autre. Et après l'Euro, on était tellement soulagé qu'il ne se soit rien passé. On commençait à y croire, à se dire qu'on allait remonter la pente. Pas du tout. J'étais au travail, à CNN, quand on a eu l'alerte de l'attentat. Cette nuit a été très longue. Travailler m'occupait l'esprit, j'arrivais à me concentrer sur mon boulot malgré la fatigue et à mettre de côté mes émotions. Quand on m'a renvoyé chez moi, exténuée, je me suis endormie net. Au réveil, j'étais au 36ème dessous. Tout revient au visage et il n'y a rien pour s'occuper l'esprit. J'ai appelé le boulot pour venir prêter main forte. Le lendemain, je m'envolais pour Nice. Sur la Promenade, il y avait encore du sang, ça et là. Pour une journaliste en formation, c'était très dur. Même pour les autres. Un cameraman m'a dit "tu sens cette odeur? Je connais cette odeur. C'est l'odeur du sang mélangé au produit chimique qu'ils mettent pour l'enlever." J'ai cru m'évanouir. C'était de loin la mission la plus difficile de ma vie. Recueillir le témoignage de victimes ou de parents de victime. Faire le psy parce que certaines personnes ont juste besoin de parler. Emmagasiner. Faire l'éponge. On dit souvent que les journalistes sont des vautours, sans coeur. Je peux vous dire que tous autant que nous étions, nous étions accablés, il était extrêmement difficile de faire notre boulot sans avoir les larmes aux yeux - ou pleurer en pleine interview comme moi. Nous sommes le relai entre l'information et vous, et on oublie souvent ce qui nous traverse. C'est éprouvant. Et le contexte actuel laisse à croire que mon métier va de plus en plus souvent ressembler à ça.


Colin Kaepernick - Protestation pacifique contre l'hymne national américain


Cette année a encore été une année difficile pour les Afro-américains. Toutes ces vidéos de confrères abattus par la police, d'actes ouvertement racistes... Et là, Colin Kaepernick s'agenouille. Je ne le connaissais même pas avant qu'il ne fasse autant polémique. De ce que j'ai lu, ce n'est pas le meilleur joueur du monde. Mais il est courageux. Assez courageux pour pacifiquement protester. Il s'est attiré les foudres de l'Amérique, l'Amérique qui nie les tensions raciales, l'Amérique qui baigne dans son privilège d'être blanche, l'Amérique qui reste silencieuse face aux agressions sexuelles, aux violences domestiques, aux meurtres, aux viols, mais qui s'offusque quand un joueur de football américain s'assied pendant l'hymne national pour dénoncer les violences policières qui gangrènent son pays. Une Amérique qui ne s'offusque pas quand des personnes vraisemblablement innocentes se font abattre par des policiers tous les jours aux Etats-Unis simplement parce qu'être Noir est un délit, mais qui s'offusque quand Colin Kaepernick révèle qu'il n'a pas voté aux élections présidentielles. Cette Amérique là, n'a vraisemblablement rien compris. 

Adama Traoré 

Participer à la manifestation en hommage à Adama Traoré a été un élément déclencheur pour moi qui pensait naïvement qu'en France, les gens ne se battaient pas assez contre le racisme d'Etat. Chacun a son opinion quant à l'"affaire" Adama Traoré. Mais qu'en est-il des autres ? Comment ne pas se dire dans sa tête que quelque chose cloche quand cela fait écho à Zyed et Bouna ? Et à tous les autres dont on a rappelé l'histoire lors de la manifestation ? Comment ne pas se dire que quelque chose cloche quand on voit les images des manifestations contre la Loi Travail et cette police qui se sent toute puissante car quasiment à chaque fois impunie ? Ce n'est pas aimer ou détester la police - j'ai eu affaire avec eux assez souvent pendant mon enfance et mon adolescence pour m'être fait une opinion d'eux - c'est surtout cette impunité et cette violence gratuite qui me révolte, et se sont toujours les mêmes qui en sont victimes. Me rendre compte à cette manifestation que nous étions beaucoup à nous sentir concernés par ce racisme d'Etat fendait le coeur, mais c'était aussi un moyen de se rendre compte qu'on était aussi beaucoup à vouloir faire changer les choses. J'ai rencontré plein de militantes afro-féministes là bas, et ça m'a fait chaud au coeur de voir ce sentiment de communauté et de fraternité. C'était quelque chose qui me manquait énormément de Londres. 

Rose McGowan - le féminisme 2.0 sur Twitter

Rose McGowan cette année, ça a un peu été mon animal totem. A l'image de Jesse Williams et son activisme sur Twitter pour le droit des Afro-Américains, Rose McGowan, elle, défendait le droit des femmes. Avec fougue, et passion, et sans mâcher ses mots. Elle taclait les trolls aussi bien que les politiques. Elle n'a pas hésité à publiquement confesser avoir été agressée sexuellement par un haut dirigeant d'Hollywood sans s'apitoyer sur son sort. Elle a fédéré autour d'elle tout un tas de femmes qui se sont empressées de se libérer d'un poids et ont partagé leurs histoires à leur tour. On a clairement aujourd'hui besoin de plus de Rose McGowan, mais pas que sur les réseaux sociaux. Hollywood l'a mise sur le banc de touche à cause de son franc parler. Il faut redonner du temps de parole à ceux qui ont assez d'audience pour faire bouger les choses.  C'est ce qu'à fait I-D magazine récemment dans une interview de la réalisatrice. Une interview qui clairement montre la détermination de l'ancienne actrice. 
Dans la même veine, Amanda Palmer du groupe The Dresden Dolls a aussi su fédérer les féministes sur Twitter et a répandu énormément d'amour.

Kid Cudi - Discussions sur la santé mentale



Le mois de septembre a été un mois particulièrement éprouvant pour moi, après une année déjà extrêmement compliquée. Je l'ai déjà évoqué dans d'autres posts mais il est important pour moi de vraiment en parler cette fois, peut-être suivre l'exemple de Scott. Je suis dépressive. Depuis aussi loin que je m'en souvienne. Je me revois, enfant, je devais avoir 3 ou 4 ans puisque ma mère habitait encore dans l'appartement que mon père venait de quitter à cause du divorce - sur les genoux de ma mère qui m'appliquait un produit à l'intérieur des joues. Le dentiste avait remarqué que je me mangeais l'intérieur des joues à cause de mon anxiété. Ce n'était que le début. J'en suis arrivée quelque part dans mon adolescence à aller en douce dans la chambre de mon père, sortir de la boîte à outil cachée sous son lit le cutter pour le cacher sous mon oreiller. En septembre, je me suis vue aller chercher le cutter et le cacher sous mon matelas alors que ça faisait deux ans que j'avais arrêté de me faire du mal. Ca faisait deux ans que je pensais aller mieux. C'est ça le problème avec la dépression, on en revient jamais vraiment. C'est quelque chose qui fait parti de soit, qui finit par nous définir parfois. On apprend à vivre avec, à le cacher, à faire semblant. Le plus compliqué avec la dépression, c'est de l'expliquer à ceux qui n'en souffrent pas. Certains pensent que la dépression c'est juste traverser une mauvaise passe, qu'il faut juste "voir la vie du bon côté", et qu'après par magie, tout va mieux. Mon propre père, alors qu'il a  lui-même perdu son frère dépressif, m'a fait un sermon quand j'avais 14 ou 15 ans, comme si me gronder parce que j'allais mal pouvait me faire aller mieux. J'ai mis du temps à l'accepter. Je n'ai pu me l'avouer à moi-même que cette année: je suis malade. Et je le serais très certainement toute ma vie. Mais enfin accepter le fait que je sois malade m'a énormément soulagé. Pendant 5 ans, j'ai consulté une psychologue, sur l'avis de ma CPE qui m'a très certainement sauvée la vie au lycée quand j'avais une relation assez morbide avec le contenu de mon armoire à pharmacie pour rester clouer au lit pendant des jours et louper des cours. Ma psy m'a très vite diagnostiquée comme dépressive et conseillée un traitement médicamenteux. Et j'ai toujours refusé. Prendre des cachets c'était reconnaître que j'étais malade et je n'étais pas prête. Pourquoi ? Parce que comme Kid Cudi le dit, j'avais honte. Physiquement je n'étais pas malade, je n'étais pas enrhumée ou grippée. Non, j'étais malade dans ma tête. La dépression est une maladie mentale. Accepter ça, c'est accepter le lot de préjugés qui va avec. Ma mère toute mon enfance a qualifié de "faible" ou de "fou" mon oncle qui s'est ôté la vie car dépressif. Je n'avais pas à mon tour envie d'être qualifiée de "faible" ou de "folle", surtout par ma propre mère, et j'avais besoin de tout sauf ça. Quand un jour, j'ai eu assez de courage pour avouer à ma famille que j'étais suivie par une psychologue, ça a déclenché une crise à la maison. Mon frère m'a fait la morale à son tour, m'expliquant que je n'avais pas besoin de psy, qu'il fallait aller de l'avant, que "ce qui ne me tue pas me rend plus forte", qu'il fallait simplement que je parle à ma famille. Mais quand j'essayais d'en parler, on me hurlait au visage "sale folle, va te faire soigner !" ou encore "va  chez ta psy" en tant qu'"insulte". Il y a plus encourageant comme discours.  Eh bien moi j'encourage toutes les personnes qui traversent une mauvaise passe qui n'est pas qu'une simple mauvaise passe: faites-vous aider. Sans ma psy et ma CPE, je ne serais certainement pas présente aujourd'hui pour écrire tout ça. On a tellement stigmatisé les maladies mentales que les gens ont peur de se faire soigner, au détriment de leur propre vie. Quand on a une gastro, on va chez le médecin. Pourquoi serait-ce différent quand on a une maladie mentale ? Le fait que ce type de maladie soit invisible ne devrait pas nier leur existence. Elles sont bien réelles et la vérité est qu'on est bien plus nombreux à être concernés qu'on ne le pense. Ce qu'a fait Kid Cudi, après ma "rechute" et une année où beaucoup de langues se sont déliées au sujet de la santé mentale, j'ai trouvé ça très courageux. D'autant plus que la société fait pression sur les hommes et leur interdit d'être "faible" pour montrer la force de la masculinité, surtout sur les hommes noirs. Au final, c'est être davantage fort que de dire "je suis dépressif et une potentielle menace pour ma vie donc je vais me faire soigner". D'autant plus qu'avec son statut, Kid Cudi a permis de toucher les masses et de sensibiliser ses fans au sujet de la santé mentale. Mais le chemin est encore long avant de réussir à mettre un terme à la stigmatisation des dépressifs et des autres malades mentaux. Regardez les moqueries qu'a essuyé Kanye West parce qu'il s'est fait interner en hôpital psychiatrique, deux mois après Kid Cudi. J'espère sincèrement qu'un jour les gens comprendront, à commencer par ma propre famille, qu'être dépressif, on ne le choisit pas, on ne fait pas ça pour chercher l'attention, on en souffre énormément et ça ne se guérit pas en un claquement de doigt. 


N'hésitez pas à me suivre sur Twitter où je relaie énormément d'information sur le droit des femmes, les violences raciales (en France, aux US et à travers le monde), l'écologie et d'autres sujets. Je partage aussi pas mal de choses du même style sur Facebook.

Armelle De Oliveira